#29 Les activités en cours de jeûne
On me pose souvent la question de savoir quelles activités et quel volume d’activité
on peut avoir pendant un jeûne. Donc, étant plutôt partisan du jeûne hygiéniste, je
devrais dire en théorie, et donc je souligne le mot « en théorie », que moins l’on aura
d’activité mieux ce sera pour un jeûne. C’est à dire que ce n’est pas être en
opposition aux activités, c’est chercher à optimiser le jeûne. La qualité et les résultats
d’un jeûne sont rendus possibles par l’énergie qui peut être dévolue au jeûne. On va
dire, étymologiquement, on est en situation de jeûne dès l’instant qu’on est en deçà
de la consommation du volume calorique que l’on a besoin quotidiennement pour
accomplir, justement des activités, quelles soient physiques ou intellectuelles. C’est à
dire que dès l’instant qu’on va dépenser de l’énergie, pour réfléchir, pour lire, pour
écouter, pour se concentrer, pour courir, pour marcher, pour tenir une posture, pour
anticiper, pour faire du sport… on va avoir recours au carburant qu’est l’alimentation.
Imaginons qu’avec une activité moyenne j’ai besoin de 1800, 1900 calories. Et bien il
faudra que je consomme quotidiennement 1800, 1900 calories, sans cela et bien je
vais piocher dans mes réserves de graisses, pour les transformer en carburant. Ou
alors, je vais quelque part détoxifier. Lorsqu’on jeûne on va plus vers la réduction
alimentaire, souvent, et j’ajoute là une définition étymologique, dans toutes celles
qu’on entend et qui est la plus communément admise, c’est la réduction, la restriction
alimentaire. La réduction qui va jusqu’à la restriction alimentaire où on ne consomme
plus que des liquides et généralement de l’eau. Donc l’énergie qu’on va obtenir pour
le jeûne va être double. C’est qu’en général on a une période plus calme, on va être
plus au repos, on va rarement jeûner en travaillant et on va bénéficier déjà de cette
première économie de réserves énergétiques ; et surtout la digestion mobilisant
entre 30 et 50% des ressources organiques, toutes ces ressources-là et en énergie,
vont être mobilisées pour les processus de détoxination. Donc à la question de se
dire, est-ce que l’on doit avoir des activités pendant le jeûne et bien on pourrait déjà
dire le moins possible. Si le but c’est de détoxifier, moins on aura d’activités,
évidemment plus on aura d’énergie pour la détoxination. Après, est-ce qu’il faut avoir
des activités ? Alors par exemple Shelton, Shelton on va dire qu’il a institutionnalisé
le jeûne dans l’hygiénisme, il a suivi plus de 40000 jeûneurs, dans la deuxième partie
du vingtième siècle…Un grand biologiste. Lui il était assez forcené sur sa conception
du jeûne, il disait « la personne va dans sa chambre, et garde la chambre et quand
elle est rétablie elle sort de sa chambre. Et elle boit de l’eau en attendant ». Bon ,
c’est une conception ancienne, c’est très médicalisé on va dire, très « sur
l’ordonnance » : j’ordonne au patient de ne rien faire. Et à l’opposé aujourd’hui on se
retrouve avec des centres de jeûne où l’on fait de l’exercice. Alors si vous regardez
la clinique Buchinger, et bien il y a un petit peu d’exercice physique tous les jours. On
dit ça met en mouvement le système lymphatique et la circulation sanguine. Ça met
en mouvement aussi l’émonctoire poumon, ça met en marche aussi l’émonctoire
peau, voilà, et à ça on peut y adjoindre des brossages de la peau, des saunas, etc.
En arguant sur le fait que, et bien le jeûne étant une détoxination, on va chercher à
favoriser cette détoxination. J’y vois personnellement deux inconvénients : c’est que
déjà on va orienter la détoxination dans un sens où peut-être le corps ne l’a pas
prévu. Par exemple si je fais un sauna on va travailler spécifiquement sur la peau, or
peut-être que le corps est en train de travailler sur le système digestif. Si je fais un
brossage à sec, donc justement sur l’émonctoire peau, peut-être que le corps est en
train de restaurer de l’énergie vitale au niveau du système nerveux. Si je fais de

l’activité physique, peut-être que ça vient perturber un processus qui était lancé, en
cours, et qui doit être coupé pour aller donner de l’énergie aux muscles. Donc déjà
ça c’est quelque chose que l’on peut faire remarquer puis ensuite, toute activité,
quelle qu’elle soit, là on parle de stimulations externes pour favoriser une
détoxination, mais même une activité qui ne serait pas détoxifiante va prendre de
l’énergie. Une chose toute bête : lire. Lire ça demande de la concentration et ça brûle
de l’énergie, regarder la télé pareil, le simple fait aussi d’avoir une conversation
soutenue, on va dire très concentrée ou animée, va prendre de l’énergie. Et donc là,
pour revenir à l’opposé de Shelton, aujourd’hui on a des centres où on a de la
randonnée, bon ça peut aller de la marche légère jusqu’à la marche très intense. Il y
a des séjours de jeûnes où l’on marche pendant 6-7 heures, en moyenne montagne,
donc là il y a une diminution de l’oxygène, il y a de l’air frais mais il y a aussi une
diminution de l’oxygène et l’oxygène est essentiel pour la qualité du jeûne. Et puis la
dépense énergétique : l’énergie qui va être allouée aux muscles ne sera évidemment
pas pour la détoxination. Donc on va assez peu détoxifier en marchant évidemment
6 ou 7 heures par jour puisque le corps ne peut pas être, vulgairement, au four et au
moulin. Je ne peux pas mettre de l’énergie à amener de l’oxygène aux muscles et à
gérer l’acide lactique et en même temps excréter des déchets métaboliques acides.
Ce n’est pas réalisable. Donc la nuit, où devrait se passer la détoxination et bien ce
sera plutôt la récupération énergétique, et puis la compensation des pertes
minérales. Alors c’est pour ça qu’on va prendre des bouillons ou des choses comme
ça, qui viendront aussi ralentir les processus de détoxination. Ce qui est bien, c’est
bienveillant de recommander un bouillon quand on a fait de l’activité physique, au
moins il y a des minéraux qui arrivent, ça évite de spolier le capital minéral de
l’individu qui aurait marché. Après, est-ce qu’il y a un juste milieu que l’on peut
trouver ? Evidemment oui, le but ce n’est pas d’astreindre la personne et de la
frustrer et puis de la rendre captive de sa chambre et puis de lui dire et bien, détox,
détox, détox ! Parce que ce n’est pas très agréable, et surtout une chambre de
jeûneur en général ce n’est pas Disneyland ! Et puis il y a des odeurs qui ne sont pas
très agréables donc c’est mieux quand même d’avoir de l’air frais ! Alors il y a des
gens comme Désiré Mérien, qui trouvent opportun de laisser la personne faire ce
qu’elle ressent, de faire ce qu’elle a à faire. Donc il y a des gens qui s’en trouvent fort
aise d’aller faire un petit peu de marche, d’aller prendre l’air, de méditer dehors, de
faire quelques étirements, de lire, d’écouter un peu de musique. Par expérience,
personnelle et puis observée sur les jeûneurs que je peux encadrer, c’est la même
chose, moi je ne limite jamais l’individu. J’encourage très très très vivement à être au
repos, mais ça je le fais parce que l’on est dans une société dans laquelle on stimule
beaucoup la productivité et du coup c’est très contre nature de se reposer et de se
laisser aller. Donc j’encourage fortement, tout en ouvrant grand les portes, à ce que
la personne fasse ce qu’elle ressent pendant le jeûne, puisque le jeûne est une
période de recentrage et de ressenti exacerbés donc ce serait dommage de casser,
on va dire, cette dynamique-là, en imposant à la personne de conserver le repos
complet et de garder la chambre. Ça peut être des activités très très anodines, ça
peut être de l’écriture, ça peut être du dessin, ça peut être des techniques
respiratoires ou autre, si ça permet à la personne de se déstresser et de s’autoriser à
lâcher prise. Le jeûne étant un processus subconscient, quand bien même on
pourrait dire « et bien l’énergie dévolue à cette activité-là, créatrice ou non, va
empiéter sur la qualité du jeûne », c’est sans compter sur le fait que à travers
l’épanouissement de cette activité, elle va autoriser un plus grand lâcher-prise donc
une libération de toxines supplémentaire. Donc c’est pour cela que, on ne peut pas

l’analyser puisque ce sont des critères qui sont peu mesurables et c’est plutôt la
personne qui doit avoir un ressenti correct. En revanche, toutes les activités
fortement stimulantes devraient être proscrites selon moi. C’est à dire les marches
trop longues, les marches trop rythmées et de manière générale les activités
physiques trop rythmées viennent nuire au jeûne. Ce n’est pas qu’elles ralentissent
le jeûne, c’est qu’elles, de mon point de vue, elles nuisent à la qualité du jeûne. On
peut faire un petit peu de sport si on veut, ce n’est pas antinomique, mais du sport de
manière légère, on n’ira pas courir intensément, on n’ira pas porter des charges
lourdes et c’est pour ça que c’est toujours mieux de jeûner encadré et en groupe.
Chez soi on est toujours porté à faire plein d’activités. Je vais étendre une lessive, je
vais faire un peu de repassage, je vais faire un peu de ménage, je vais ranger les
placards, ben tiens j’avais pas fais ma compta, ou je vais ouvrir le courrier…
différentes choses qui paraissent anecdotiques dans le quotidien mais qui sont
autant d’éléments perturbateurs et qui viennent casser le jeûne de manière régulière
dans la journée. C’est mal vu de se laisser aller au repos de manière générale. Mais
on est dans un contexte extraordinaire lorsque l’on jeûne donc on peut s’autoriser à
ça, on peut s’autoriser au repos, on peut s’autoriser à rester 18 heures par jour au lit,
sans passer pour un fainéant, parce qu’il n’est pas question de cela, il n’est pas
question de rendement et si rendement il doit y avoir, il doit être au niveau du volume
des toxines excrétées et il n’y a pas meilleure position pour détoxifier que d’être
allongé. Donc le repos, que ce soit dans la chambre, ou au soleil, et puis laisser le
vide dans la tête et pas s’encombrer de pensées, de réflexions, de tergiversations,
de cogitations, de ruminations, qui viennent bloquer tout un tas de processus et ça
on le voit souvent lorsque les gens sont extrêmement dans le mental et bien les
symptômes de détoxination sont peu apparents et quand ces blocages tombent et
bien là il y a de grosses crises qui apparaissent. Le mental est capable d’activer ou
d’inhiber des processus de détoxination. Ça c’est peu abordé dans les ouvrages
parce que c’est peu mesurable de manière scientifique mais c’est un fait. Moi je
l’affirme parce que je le constate et il n’y a pas un jeûne que j’encadre où je ne vois
pas ça, alors j’affirme que le mental peut bloquer la détoxination. Et il peut y avoir
absence de perte de poids par trop grande emprise du mental. Et donc la libération
de ce mental peut aussi passer par des activités. Je ne suis pas opposé à des
activités, surtout quand elles sont inspirantes, créatrices et positives, si ça peut aider
à apaiser le mental de la personne qui jeûne, c’est plus que bienvenu. Donc c’est
une histoire individuelle de la personne avec la personne mais c’est une histoire
aussi à individualiser entre la personne qui conduit le jeûne et le candidat jeûneur qui
pourra être orienté vers telle ou telle activité pour que son jeûne soit plus efficace
pour lui. Il y a aussi tout un aspect on va dire, qui est assez subjectif, dans le fait de
vouloir s’apporter du bien-être. Un massage par exemple peut être ou délassant ou
stimulant. Donc on ne peut pas dire les massages sont bons ou pas bons ; c’est quel
type de massage et à quel moment. Si je suis très fatigué, ou inversé
énergétiquement, ça va être différent de si je suis très dynamique. Il y a des
massages qui peuvent justement apaiser beaucoup le mental et puis d’autres qui
peuvent être… ceux qui sont apaisants pour moi sont positifs, ceux qui sont
stimulants, pour moi, ne sont pas spécialement les bienvenus parce qu’ils vont faire
sortir le corps du jeûne et le jeûneur d’un processus dans lequel il a été embarqué,
sur telle ou telle activité organique. Donc encore une fois c’est une histoire
d’observation, de qualité d’observation, vu que le jeûne comme je l’ai dit et comme je
le souligne souvent est extraordinaire. Ça demande une écoute fine et c’est souvent
après plusieurs détoxinations, parce que je dis jeûne mais à chaque fois que l’on

entreprend des détoxinations on ressent des symptômes de détoxination, à chaque
fois on affine notre ressenti puis à chaque fois on comprend plus subtilement ce qui
se passe dans le corps et on sait à quelle période il faut se reposer puis à quelle
période il est bon d’avoir telle ou telle activité. Donc c’est plus vers une écoute
attentive des besoins fondamentaux de l’individu que je renvoie plutôt que vers un
dogme rigide qui dirait il faut tel ou tel type d’activité ou il faut éviter tel ou tel type
d’activité. Chaque personne a sa vérité et le jeûne, quand bien même il est de courte
durée, de 3-4 jours, est suffisamment long pour occasionner des sensations
différentes. On va être des fois très énergétiques et des fois très inversés, ou la
détoxination sera très forte, on aura du mal à se lever du lit et deux heures après on
aura envie d’aller marcher fortement. Et bien il faut simplement écouter ses besoins
puis pas son mental. Ou des fois il sera écrit sur un livre il faut randonner, il faut faire
du vélo, il faut vous brosser la peau, il faut prendre des plantes, il faut faire des
choses… il faut plutôt rester dans une écoute bienveillante des besoins du corps et
puis se dire « est-ce que c’est vraiment un besoin ou est-ce que c’est plutôt une
peur ? Est-ce que c’est le mental qui parle ou est-ce que c’est le corps qui parle ? »
Et donc là on saura s’orienter vers une activité qui soit plus intellectuelle ou physique
et qui nous paraîtra très bénéfique à l’instant T.

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